vendredi 3 avril 2015

Papy insiste, Papy résiste !

Comme il ne peut pas pleuvoir chaque semaine des avions bourrés de figurines, comme l'Ukraine c'est loin et le Yémen plus encore, nos bons médias, toujours à l'affût d'un dérapage plus ou moins contrôlé, ont retrouvé l'os à ronger qu'ils préfèrent ― un vieil os tout moussu, comme le papy qui en est le légitime propriétaire : Jean-Marie Le Pen. Qui s'est à nouveau libéré d'un gaz dont se sont offusqués les sensibles naseaux républicains. Vilain récidiviste ! Pas beau ça, Papy !

Jean-Marie Le Pen, qui est à peu près le contraire d'un imbécile, et qui raffole des mots à double sens, a donc répété, puisqu'il le pense, que les chambres à gaz n'étaient qu'un détail de l'histoire de la dernière guerre mondiale. Quand on le cite, on s'arrête souvent, c'est curieux, après « détail ». Si j'écris que « les Noirs sentent bien ce qui les différencient culturellement des Blancs », vous coupez ma phrase après trois mots et vous avez débusqué un raciste. Ça tombe bien : c'est ce que vous cherchiez ! La citation tronquée, un vieux classique. Ce n'est pas Michel Onfray qui me contredira. 

L'affaire remet Landerneau en émoi, tout le monde a des vapeurs, y compris dans le camp (oups !) du Papy, ce qui est un peu une nouveauté. La fille, qui a repris les rênes du parti pour en dorer le blason bruni, a fait : « C'est pas vrai, mais c'est pas vrai !... » en mimant à peu près bien la consternation, en même temps qu'un fatalisme résigné. Quant à Gilbert Collard, député mariniste de stricte observance, il a cru bon devoir couiner sur Twitter comme quoi la Shoah « était l'abomination des abominations » et puis voilà !, ce qui lui valut en retour un cinglant : « Ferme donc ta gueule, espèce de collard ! » signé JMLP.

Bien plus qu'un fasciste, Jean-Marie Le Pen est un vieil anarchiste rigolard, un Français d'hier, amateur de bons mots, aimant la gaudriole. On le sait prompt à dégainer le calembour, surtout sur des thèmes qu'il sait sensibles. On rit ou on ne rit pas. Ça ne vaut pas un procès, même d'intention. Il me fait penser, plutôt qu'à mon superbe Obersturmführer en illustration, à un gamin facétieux qui lancerait une fois de plus le même pétard dans le poulailler, s'amusant du spectacle des pintades affolées. En effet, qu'est devenue notre société, sinon une assemblée de pintades explosant dans tous les sens au premier pétard ? 

Malgré ses 86 ans, Jean-Marie Le Pen n'est pas gâteux. S'il est un homme qui sait ce qu'il dit, c'est bien lui. Le dernier de cette race, d'ailleurs. Il sait bien aussi, évidemment, ce que les autres vont entendre et comprendre et commenter. Et ça le fait se marrer. C'est encore permis. C'est mal vu, mais c'est encore permis.

S'il n'est un imbécile, Gilbert Collard est un couillon. Quel besoin de rappeler que la Shoah a été une abomination ? Quelqu'un en doute, peut-être ? Croit-on que Jean-Marie Le Pen lui-même puisse en douter ? Ce n'est pas le sujet et le bon mot du papy n'en est d'ailleurs pas un. C'est une provocation, en même temps qu'une stricte vérité. On feint de croire que « détail » n'a que le sens familier de « chose insignifiante », alors que le sens premier du terme est celui d'un « élément dans un ensemble », ce qui n'induit pas que ce détail soit d'un intérêt mineur. Ce que Jean-Marie Le Pen nous dit par le biais de cette phrase volontairement ambiguë (puisqu'elle joue sur le double sens du mot « détail »), c'est que l'histoire de la dernière guerre ne peut être réduite à la Shoah, toute abominable qu'elle fût. La dernière guerre a été un ensemble d'événements tragiques, dont la Shoah. Un génocide planifié, ce n'est pas rien. Ce n'est pas tout non plus ― sinon Oradour c'est de la merde. Voilà ce que dit Papy Jean-Marie, rien de plus, quand même on lui prête des sous-entendus nauséabonds, quand même il sait qu'on lui en prêtera et qu'il ne fera rien pour qu'on lui prête autre chose. Le vieux loup de mer ne se soucie pas du conformisme intellectuel de rigueur, ce qu'on appelle le politiquement correct, le même qui fait dire aux ânes et répéter que l'islam est une religion d'amour, de tolérance et de paix, comme si quelqu'un en doutait une seule seconde !
 

13 commentaires:

  1. Je n aurai pas dit mieux . Bravo.

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  2. kobus van cleef4 avril 2015 à 09:49

    le vieux monophtalme eût mieux fait de touiter "quel collard , ce collard !"

    plus classieux à mon goût

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  3. kobus van cleef4 avril 2015 à 09:54

    reprenons
    si l'achowa est le crime des crimes , oradour n'est rien, lidice n'est rien , les pendus de tulle ne sont rien , le reste n'est rien et il faut élargir tous les meurtriers qui croupissent en prison
    libérons tous les assassins !
    commençons par youssouf fofana ...
    non?
    vraiment sûr?
    bon
    on va pouvoir rediscuter

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  4. Pas mieux que Corto. J'ajoute que ça fait plaisir de vous retrouver, et en si bonne forme : vous devriez écrire plus souvent, mon cher…

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  5. Baisse la tête fier sycambre radouciadore ce que tua brulé et brule ce que tu as adoré
    ( saint CRIF et saint FRIC à Jean Marie roi des francs )

    Vieil anar rigolard : bien trouvé ,un gag digne du défunt Charlie JMLP répond e manière presque scatologique à leur face à tous

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  6. La Shoah et les chambres à gaz dont parle Jean-Marie Le Pen ne sont pas des épisodes de la guerre et donc pas des "détails", même si elles ont eu lieu pendant (d'après certains historiens, les assassinats ont commencé avant) la guerre. La Shoah n'est pas un fait de guerre.

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  7. Très belle analyse que je partage entièrement.
    De plus parfaitement rédigée, dans un style limpide et fluide.
    Pas de fioritures, mais tout y est : clair, net et précis. Et juste...
    MERCI.

    Simple remarque relative à la religion dite d'amour etc. : en raison de tout ce qu'on en voit, on n'ensoute pas une seconde. On est toujours certains du contraire. Hélas !

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  8. Excellent portrait de Jean-Marie Le Pen que ses incomparables qualités de tribun et son immense culture m'ont toujours fait préférer à sa fille.Quant à la haine qu'il voue à Gilbert Collard,elle remonte à l'époque où celui-ci défendait la première femme de Jean-Marie:l'homme est rancunier;nous n'y pouvons rien,c'est sa nature profonde.

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  9. Bravo pour ce billet.Il est temps de réhabiliter JMLP,bien supérieur à sa fille,grâce à ses incomparables qualités de tribun et à son immense culture classique.Quant à la haine qu'il voue à Gilbert Collard,elle date de l'époque où celui-ci défendait sa première épouse.L'homme est rancunier:c'est ainsi...

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  10. Bonjour
    Ah si JMLP avait déclaré que les chambres à gaz n’était en fait qu'un (des) détail(s) du régime national socialiste et en insistant lourdement sur le qualificatif socialiste on peut s'imaginer le brouhaha que cela aurait provoqué.

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  11. "On feint de croire que « détail » n'a que le sens familier de « chose insignifiante », alors que le sens premier du terme est celui d'un « élément dans un ensemble », ce qui n'induit pas que ce détail soit d'un intérêt mineur."

    C'est très exactement ça.
    Comme les détails d'un tableau dont on a d'abord vu la globalité.
    Il aurait dû dire "un aspect", mais ils auraient quand même trouvé matière à le condamner.

    Mais ces cuistres ne connaissent pas le sens des mots.
    Ou font semblant.

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  12. Alors autant dire que Marine Le Pen n'est qu'un détail parmi le FN par rapport au Père Le Pen ! Qui disait déjà que le diable était dans le détail ? Un tailleur de pierres sans doute, celui qui jette la première. ( bien écrit, quoique... un peu désolant d'en être encore là ! )

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