vendredi 30 août 2013

Raciste et fier de l'être


Il y a deux catégories de personnes devant le fait racial : les racistes et les antiracistes.

Le raciste aime la diversité culturelle, mais pas au même endroit. Chez lui, c'est chez lui. Il sera ouvert aux étrangers de passage et même aux immigrés, pourvu qu'ils demeurent en nombre décent et ne se mêlent pas de vouloir lui imposer leur culture, de gré ou de force. L'antiraciste aime la diversité culturelle partout, mais cherche partout à éviter son contact, car il l'adore en théorie, mais la déteste en pratique ; il va de pays en pays sans changer de décor : les mêmes hôtels, les mêmes restaurants, la même langue, soit un anglais international peu ou prou frelaté, ce qu'on appelle du pidgin. Le raciste quand il se rend à l'étranger (car il est tellement raciste qu'il pousse la fantaisie jusqu'à aimer voyager à l'étranger, à condition d'y rencontrer aussi peu que possible des gens comme lui, qui lui parleront de Paris à Bamako, du Havre à Téhéran, endroits qu'il aime, mais dont il s'est éloigné et qu'il n'a pas envie de revoir tout de suite, même en évocation) — ce raciste, donc, se promènera dans les rues de Casablanca avec un large sourire et le nez aux aguets, s'imprégnant des senteurs, l’œil large ouvert, ravi de toutes ces couleurs, cette chamarrure ; il se réjouira même du tintamarre qui l'éprouve tant chez lui, émanant de populations accoutumées à vivre surtout dans la rue et à la considérer leur. Il ne risque pas de rencontrer au hasard du souk un Jacques Attali, par exemple, antiraciste notoire et breveté, professeur de morale antiraciste au surplus. Si Jacques Attali se rend à Casablanca (ou à Varsovie, ou à Lahti, ou à Vientiane ou à Canberra), on le trouvera dans le Sofitel du coin en compagnie de gens costumés comme lui, souvent étrangers, mais tous parlant cet anglais de croisière qui tient lieu de langue aux cosmopolites, tout en buvant un grand cru français (en est-il d'autres ? non, bien sûr), et parlant de New York (Ah, New York), Shanghai (Shanghai, ah) ou Tokyo (oh, Tokyo) avec des mines de gourmets à peine blasés. Pendant ce temps-là notre raciste invétéré (Ygor Yanka par exemple, où l'un de ses amis nazis) se sera acheté un chèche qu'il n'aura pas même cherché à marchander, se sera régalé d'une vraie tajine dans un restaurant garanti 100% marocain (où il n'entendra parler que l'arabe, plus un peu de français que lui aura servi le garçon par courtoisie), où il aura dégusté un boulaouane inoubliable et appris, à sa demande, deux ou trois mots de cette langue arabe qu'il déteste entendre chez lui, mais qu'il se surprend à aimer dans son terroir. Et en sortant, il restera bouche-bée devant telle mosquée magnifique, lui qui peste assez dans son pays contre l'invasion musulmane et ces constructions qui défigurent et pervertissent les villes occidentales à une vitesse effrayante. Au Sofitel, Jacques Attali sera précisément en train de conclure son speech sur le racisme épouvantable des Français (ou des Belges ou des Suisses, car Jacques Attali n'est pas forcément celui que nous connaissons sous ce nom, il est partout, même costard, même gueule, même langue sans nom, même discours standardisé, même air supérieur du gars dépassant de cent coudées la masse imbécile et laborieuse), avant de déclarer qu'il va se coucher, ayant un avion à pendre le lendemain, pour Canberra, Vientiane, Lahti ou Varsovie...

Vous comprendrez aisément, suite à cela, que je suis un imbuvable raciste, et admettrez volontiers que je le revendique avec fierté.