dimanche 30 décembre 2012

Indiscrètes lectrices (I)

Mon blog est de faible audience si on mesure celle-ci au nombre de commentaires que mes longs billets suscitent. Les statistiques m'indiquent que je suis davantage et plus longuement lu que commenté. Ces lecteurs de l'ombre m'intriguent. Ils s'attardent parfois deux heures et plus. Qui sont-ils ? Qu'est-ce qui les retient chez moi et sont-ce toujours les mêmes qui reviennent ? Repartent-ils comblés ? Les ai-je amusés, distraits, instruits ? Comment le savoir, s'ils ne se manifestent pas ?

J'écris pour moi-même dans mon journal. J'écris sur moi-même mais pour autrui dans ce blog. Je suis donc intéressé par les avis. J'aime assez discuter avec les lecteurs, et je le fais d'individu à individu, non de seigneur à valet, d'important à misérable, quoique certains s'obstinent à penser que je suis très imbu de moi-même et que rien ne m'importe plus que la gloriole et les fleurs. 

Les femmes en général commentent peu. Elles m'écrivent volontiers en privé. Elles réagissent, me posent des questions auxquelles je m'efforce de répondre, ce qui me vaut d'autres questions. Nous nous retrouvons ainsi à dialoguer, sans même nous en apercevoir, vu que, bien sûr, je pose à mon tour des questions. Cet intérêt des femmes pour ma prose provient, je pense, de cette faculté que je possède de traduire en un langage précis et coloré, à l'aide d'images fortes, des sensations et des sentiments troubles. Il semblerait que je mette souvent des mots sur des émotions touchant davantage les femmes que les hommes. Elles sont aussi très réceptives à cette sorte d'impudeur psychologique où je m'illustre.

L'idée m'est ainsi venue de demander à des femmes (amies sur Facebook, et donc lectrices avérées ou supposées) de me poser chacune une question à laquelle je répondrais sur mon blog. Sur la petite dizaine d'amies contactées à cette fin, trois ont décliné la proposition ; deux m'ont promis une question que j'attends toujours, cinq ont accepté le principe du jeu et le reste a fait le mort. Sur les cinq femmes qui ont accepté, deux ont respecté le principe d'une seule question (Joëlle Di Muro — du blog Misscaustic — et Ielizaveta Petrova). Une troisième (Odile Jacquemet — du blog Chemin faisant) m'a posé trois questions délicates, politiques. Palma Comiti m'a posé cinq ou six questions littéraires. Et enfin Luna Delsol m'a posé une petite vingtaine de questions en deux parties : questions générales, biographiques dirons-nous, pour commencer, que ceux qui ne me connaissent pas pourraient se poser, puis trois questions qu'elle avait envie de me poser, elle.

Le nombre de questions étant et la longueur de certaines réponses, je ne peux, comme c'était mon intention au départ, publier cette interview particulière en un seul billet. La livraison devrait donc se faire en au moins quatre fois. Je respecte l'ordre des questions pour cette première publication, toutes émanant de Luna Delsol. Il y aura pour la suite, forcément, une montée en puissance, du sensible vers l'intellectuel.

mercredi 26 décembre 2012

Le billard de Cyrano (part II - suite et fin)

 (Suite immédiate de mon billet précédent.)


Le samedi 8 décembre, vers 13 heures, j'ai quitté la clinique d'Arlon où la veille, au matin, on m'avait opéré sous anesthésie générale. 

Du nez. On m'a opéré du nez — seulement du nez, pour rectifier une anomalie fort courante chez les humains : une cloison nasale déviée. Cette opération bénigne, mais désagréable, n'est que le prélude à une seconde opération que je dois — ou devrais, car rien n'est acquis — subir dans plus de six mois, mais à l'oreille droite cette fois. « Ça existe, un cancer de l'oreille, un truc qui bouffe bien l'oreille, puis la gueule ? » Peut-être... mais ce n'est pas d'une telle horreur que je souffre, mais d'une saleté du nom de cholestéatome. Je vous laisse enquêter... Enfant, adolescent, j'ai fait quelques otites, pas toujours détectées à temps, pas bien soignées. Un jour, j'étais presque sourd et mon père m'engueulait parce que j'augmentais le volume de la radio. Un ado sourd, ça fait sourire : on croit deviner ce qu'il fait dans son lit, pourquoi il monte si tôt se coucher... Ma tante, chez qui je ne vivais plus (je suis retourné vivre chez mon père durant l'été 72), me prit en charge et m'expédia chez ce que nous n'appelions pas encore un ORL, mais un 
oto-rhino-laryngologiste, comme dans Astérix. Celui-ci fut scandalisé par mon état. Il fallut le retenir pour qu'il n'aille pas casser la gueule au paternel (qui lui eût, d'un geste, par charité, pété les dents).

vendredi 14 décembre 2012

Le billard de Cyrano (part I - prélude)

J'en sais une, fort loin d'ici, que doivent réjouir mes petits ennuis de santé. « Je suis méchante », me dit-elle un soir, peu de temps après mon arrivée, alors qu'elle me faisait un vilain procès en jalousie vis-à-vis d'une ex dont je parlais comme d'une femme capitale dans mon existence, parce que c'était ainsi et que je ne pouvais pas détruire ou nier mon passé amoureux pour complaire à la nouvelle — cette nouvelle pour qui je venais de tout quitter dans mon pays, ce qui est tout de même une sacrée preuve d'amour. Alors que cette ex ne l'était plus depuis bientôt dix ans et qu'il y avait désormais entre elle et moi plus de 5000 km et un océan, voici qu'on me soupçonnait de... de quoi au juste ? De la regretter ? Ce n'était pas le cas. De l'aimer encore ? C'était absurde. Ainsi suis-je fait que je conserve de mes amours passées le meilleur, quand même y aurait-il eu plus tard de la haine. J'ai la nostalgie de mes amours, en aucun cas le regret. Quand c'est fini, c'est fini. Mon présent est la somme de mon passé et non sa négation. Ma vie est une accumulation de strates dont chacune a fait l'homme que je suis, et je trimballe ça bon gré mal gré. Au fil du temps, une décantation s'opère et subsiste surtout le meilleur. Si j'ai aimé Agathe en 1923, vous ne me ferez pas dire aujourd'hui que je ne l'ai jamais aimée. Et si j'aime aujourd'hui Lucie cent fois plus qu'Agathe en son temps, ça ne change rien au fait que jadis, oui, j'ai aimé Agathe.

mardi 11 décembre 2012

C’est toudi les gros qu’on spotche ! (*)

And the BIG winner is...

Gérard Depardieu, alias Gégé, a donc décidé de résider en Belgique, pour des raisons fiscales, croit-on, et non attiré dans notre estaminet pour ses odeurs de frites et de moules marinières. La France en grince de tous ses chicots, quand la Belgique tout entière s'esbaudit. C'est qu'on aime bien les gros, chez nous.

Gégé, qui a beaucoup travaillé, gagne bien sa vie. Les quelques sous qu'il avait mis de côté pour arrondir sa fin de carrière sont dans le collimateur du gouvernement Ayrault, en panne de liquidités pour financer ses filiales syndicales et antiracistes, ses fonctionnaires (mais pas ses entreprises, puisque entreprendre, lorsqu'on est Français plutôt que Qatari, n'est définitivement pas beau) et un aéroport d'où s'envoleront, chimères, des avions de papier fabriqués par une jeunesse bien désœuvrée. Pas plus con que vous et moi, pas plus disposé qu'un vautour à se laisser plumer, Gégé dit : « Basta ! » et, ses valises à la main, bourrées d'or et de billets à trois chiffres, gagne la frontière qu'il franchit à Quiévrain, pour s'établir à Néchin, improbable patelin jouxte Estaimpuis, dans le Hainaut. Nous rassurons les amis de Gégé et ses fans : il y sera bien traité.

lundi 10 décembre 2012

Le palimpseste sale

Graffiti palimpseste et calligraphies abstraites / Nuno Matox 2011

Une lectrice avide de textes par moi écrits s'est posé la question de savoir si j'avais publié quelque chose dans la Zone du Stalker. N'y trouvant rien qu'un entretien d'Asensio par mes soins, publié en première instance sur un de mes anciens blogs, puis dans la Zone par celui que j'avais soumis à la question, ma lectrice revient vers moi pour m'interroger quant au contexte de cet entretien, ses motivations. Elle me flatte au passage, vantant la pertinence de mes questions. Faute de pouvoir satisfaire sa curiosité dans l'instant, je l'informe que j'ai donné deux textes forts longs au Stalker, l'un sur le conservatisme, l'autre sous la forme d'une lettre au président Sarkozy. Et pour lui éviter de trop longtemps chercher mes petites crottes de souris, je vais pour lui communiquer les liens de mes articles dans la Zone. 

Disparus ! Effacés !

Preuve 1.


Alors ça... ! Comment ? Quoi ? Ce bonhomme — traité à l'occasion par moi-même d'hidalgo — qui s'en va clamant partout que lui seul est noble, courageux, droit, accusant ses adversaires de toutes les lâchetés et de tous les vices — lui, le pur, le grand homme, l'esprit magnifique et redoutable, ne serait qu'une lamentable fripouille capable de vous reprendre en catimini le cadeau qu'il vous avait offert voici cinq ans, au prétexte d'une bisbille, d'un désaccord, d'une égratignure à sa rugueuse cuirasse, d'une offense faite à son orgueilleuse personne par un manant tout juste dépendu de son gibet ? Voilà qui me déçoit, davantage que l'évaporation de mes textes d'une Zone décidément marécageuse.