vendredi 20 janvier 2012

Et aussi les arbres, tant qu'à rester vert

Music aboard ! 

Puisque nous devons tous couler, profitons de cet intermède pour nous en fourrer plein les esgourdes.

Les amateurs savent qu'il existe dans le rock un tas de groupes cultes, de ces groupes qui n'ont jamais vraiment décollé, mais dont le succès, même minime, ne se dément pas au fil du temps. Ils finissent par être redécouverts et reconnus plus tard soit comme des pionniers, soit comme des références absolues. C'est le cas de :


Voici pour commencer cinq vidéos en haute définition d'un récent concert en Allemagne (Francfort, Das Bett, 4 octobre 2011). Rare qu'on puisse trouver de ce groupe les vidéos d'un concert complet (12 titres) de cette qualité.

1.Prince Rupert, de l'album Farewell to the shade, 1989


2.The beautiful silence, de l'album (Listen for) The rag and the bone man, 2007


3.The untangled man, de l'album Further from the truth, 2003


4.Domed, de l'album (Listen for) The rag and the bone man, 2007


5.Belief in the rose, de l'album Farewell to the shade, 1989


Bonus Tracks !

En dehors de la dernière vidéo que je commenterai brièvement, les trois suivantes sont les versions studio (musique sans images) de trois autres morceaux d'AATT que j'aime assez (je pourrais en mettre vingt, hein).

6.Sickness divine, de l'album The klaxon, 1993


7.Blind opera, de l'album Green is the sea, 1999


8.Candace, de l'album (Listen for) The rag and the bone man, 2007


9.Count Jefferey, de l'album The millpond years, 1988, sur des extraits particulièrement bien choisis du Faust de F. W. Murnau (1926)

Ce neuvième et dernier morceau est un cataclysme en soi : très théâtral, sombre, inquiétant. C'est celui que tous les vrais fans veulent entendre en concert. Je n'ai pas eu cette chance la seule fois que j'ai vu AATT en concert, vers 95 ou 96. Un spectateur entre deux morceaux a réclamé « Count Jefferey ! » Et Simon Huw Jones, le chanteur, sobrement, de sa magnifique voix grave : « He's dead... »


That's all, folks !

dimanche 15 janvier 2012

De France viendra-t-elle encore, la révolution ?

La France, dans l'histoire des révolutions, de celles qui bouleversent durablement le cours des choses, est un pays particulier. Rien en France ne se passe jamais comme ailleurs. Les Français, que l'on a connu veaux sous le Général et moutons depuis, en dehors du pschitt révolutionnaire de 68, sont capables en un rien de temps de se muer en une créature hybride fascinante, mélange de coqs enragés et de rhinocéros blessés, donc furieux. Les Français tardent à y aller (au turbin, à la messe, à l'apéro, sous la douche, à la guerre...), mais quand ils y vont, ce n'est pas pour y faire de la figuration. Et comme en général les révolutions initiées en France font tache d'huile, je suis relativement optimiste pour l'avenir, le très proche avenir. 

On me reprochera une fois encore d'attiser le feu, de rêver à des massacres auxquels je participerai de loin, en dénombrant les morts sur mon écran, en robe de chambre, rasé, parfumé, la clope au bec. La perspective d'un bain de sang ne peut en aucun cas me réjouir, nulle part. Je ne suis pas non plus, quand le tocsin sonne, du genre à m'en battre les flancs et à poursuivre nonchalamment le curage de mon élégant nez. Or, le tocsin sonne depuis pas mal de temps et nos dirigeants font semblant de ne pas s'affoler, tels les fameux moutons du roué Panurge. Il faut rappeler cette histoire dont on oublie trop souvent la queue. 

samedi 14 janvier 2012

Allons z'enfants de la rumeur

« Je vous hais. Compris ? »   
Eva Joly aurait été pressentie pour être le modèle du prochain buste de Marianne. En effet, la figure allégorique de la République se doit de représenter l'état de la France ; or, la France est pas mal amochée, vieillie, usée, fatiguée. Elle importe aussi désormais plus qu'elle ne produit, y compris ses enfants. Qui mieux qu'Eva Joly pour représenter cette France qui dégringole ?

Yvette à donf !
La France serait sur le point de perdre son précieux triple A. On se rappelle que Nicolas Sarkozy a fait de la conservation du AAA un enjeu personnel. Ne disait-il pas cet automne encore : « Si nous perdons le triple A, je suis mort » ? Ah, on me souffle dans le casque que la France a perdu son triple A. Merde alors ! Grand deuil à l'Élysée, j'imagine ? On débite du sapin dans la cour ! Non, paraît-il, ce ne serait finalement pas bien grave, d'autant moins que si le pays a bel et bien perdu son triple A, les gays du pays, c'est-à-dire vous et moi, sont en train de l'acquérir grâce à cette proposition très élyséenne, très fleur bleue aussi, d'inscrire au programme de son candidat le mariage homosexuel. Nous voilà rassuré. Tout va bien en France. Yvette, accordéon ! 

Un ancien de la Marine
Certes, la France a perdu son triple A. L'élection en mai prochain, au poste suprême, de Marine Le Pen, serait susceptible selon les spécialistes de lui rapporter (à la France) un quadruple ß et des lendemains qui chantent, puisqu'en France, on le sait, tout finit par des chansons. À ce propos, il se murmure à mort que dans l'ombre la plus sombre, des intellectuels haineux et des poètes haineux auraient été conviés à se pencher sur le nouvel hymne haineux de cette France haineuse. Pour l'air, ce serait basé sur une musique de Haydn (ça fleure bon la haine, ce nom-là, et le terroir !). Quant aux paroles... Le premier vers du premier couplet pourrait être, sur une proposition du musicien agenois Francis Degrel, quelque chose comme Franceland, Franceland, Hubert à Alès. On se débrouille comme on peut. N'est pas Boche qui veut. Et l'Allemagne possède toujours son triple A. Lalalère !

mardi 10 janvier 2012

Jusqu'au vertige, goûter le sang

Marcel Moreau
(Le texte ci-dessous est un extrait garanti frais du jour d'un livre en cours. Petit cadeau à mes fidèles lecteurs.)

Marcel Moreau, dans un texte de ses débuts, raconte l'expérience qu'il fit un jour malgré lui et qui le bouleversa, orienta son existence décisivement. Il se promenait en ville un jour de sale crachin et de brouillard mêlé. Il fulminait, sans raison particulière. Quelque chose en lui de noir et de diaboliquement pulsionnel l'animait d'une véritable envie de meurtre. Il sentait qu'il n'échapperait à son ensorcellement qu'en trucidant quelqu'un — et il se mit à suivre une silhouette. Je crois me souvenir d'un pont, d'une eau bouillonnante là-dessous. Il se passa ceci d'extraordinaire qu'il tua l'homme et le tua comme il faut, écumant d'une haine inextinguible. Marcel Moreau ne fut jamais condamné, car l'assassinat dont il s'était rendu coupable ne fut jamais connu — et pour cause ! Alors qu'il s'apprêtait à se jeter sur sa victime, tel un ours enragé, il la tua dans sa tête, et la tua si prodigieusement, si réellement, qu'il se dispensa de tuer l'homme en vrai, s'épargnant ainsi, on s'en doute, les affres de la justice, la prison, le remords, le jugement de Dieu. Ce que l'écrivain narre dans ce passage, ce n'est pas l'issue victorieuse en lui de son combat contre les forces du mal, au contraire. Ce qu'il dit avoir tué en lui, ce n'est pas sa pulsion meurtrière, c'est — réellement — la victime que le hasard avait mis sur son chemin. Rien de moral là-dedans. Marcel Moreau venait de faire l'expérience intérieure et mystique du meurtre. Il découvrait par le biais d'une fracture mentale inopinée cette faculté de l'imagination qui permet aux écrivains de connaître la nature intime du feu sans avoir à s'y brûler. Marcel Moreau devint ainsi, plutôt qu'un assassin, un écrivain — le plus charnu d'entre eux.