jeudi 29 décembre 2011

L'étranger familier, l'étrange imagier

Illustration de Georges Delaw
Je ne suis vraiment pas le type à m'emballer pour un calendrier, avec ou sans nénettes à poil dedans. Celui que le facteur a déposé hier matin dans ma boîte porte un intitulé rébarbatif à souhait : Calendrier 2012 de collecte des déchets. Un beau calendrier toutefois, en papier recyclé, de belles couleurs et des polices un peu vintage. Je jette un œil dedans par curiosité. Le mois d'avril. Trois dessins, chacun illustrant un dicton lié au mois. Les dessins évoquent des scènes de la vie champêtre à la mode 1900. En marge, un texte. En haut, ce bandeau : Le mois d'Avril, par Georges Delaw. Je feuillette le reste du calendrier : les douze mois de l'année sont illustrés à l'identique et tous les dessins sont de Georges Delaw ! Les textes en marge sont, lis-je, « tirés de l'exposition Georges Delaw et Jules Depaquit : deux Sedanais à Montmartre, produite en 2004 par la Médiathèque de Sedan. » Vous vous en moquez, je vois bien. Georges Delaw ? Kicédonc ?

mardi 27 décembre 2011

Cat Power on the moon

Chan Marshall, alias Cat Power

J'ai décidé comme ça, un soir d'automne (vers la fin, c'était la semaine dernière), d'emmerder mes lecteurs favoris, adorés et chéris, avec de la musique à mon goût à moi. On aime, on n'aime pas.

Les plus fins observateurs d'entre vous ont remarqué, du coin de leur regard d'aigle, que j'avais mis sur le côté, à gauche, une boîte à musique que chacun est libre de mettre en branle ou non. C'est le juke-box du rafiot.

Chaque mardi, si je n'oublie pas (je suis un peu tête en l'air, et l'amour me trouble l'esprit), je programmerai une nouvelle playlist et un billet y sera associé, à condition que dans l'intervalle je produise aussi un billet avec dedans du texte, du beau, du long, comme je sais que vous aimez. Je suis écrivain, n'est-ce pas ? et non un très vulgaire programmateur, DJ ou je ne sais quoi dans ce genre néfaste. Bon !

Seconde playlist, mais premier billet associé à ladite playlist. Mon artiste de la semaine sera donc Cat Power, Chan Marshall de son vrai nom. Contrairement à Anna Calvi, je connais depuis longtemps Cat Power (pas en vrai, hein). Et je ne me lasse pas de certains de ses disques, comme ce Moon Pix de 1998, album dont j'ai extrait pas moins de huit titres pour vous emmerder au moins de ce mardi au suivant (ma générosité ne vous épargnera pas). Le titre proposé en vidéo est extrait lui aussi de cet album, mais c'est une version réenregistrée et réarrangée parue dix ans plus tard dans un album appelé Jukebox.

Voici donc Metal heart, présenté en direct sur CBS dans le célèbre Late show de David Letterman, à la date du 1er avril 2008 pour être précis. Un regret : que ce morceau ne dure pas plus longtemps.


vendredi 23 décembre 2011

Amour, la France

Être Belge, c'est parfois compliqué. Dans le fond, ça ne veut rien dire. La « belgitude » dont se revendiquent certains Belges en quête d'une identité forte est un concept sympathique (il se réfère moins à une nation, au sens viril du terme, qu'à l'esprit de ses habitants considéré sous l'angle un peu niais de la sentimentalité), rien au-delà. L'attachement du Belge pour son pays est un attachement de paille pour la limonade où elle se trouve plongée par le plus grand des hasards. Le Belge flotte dans son identité. Il ne vous dira jamais ce qu'il est — il l'ignore —, mais ce qu'il n'est pas : ni Français, ni Hollandais, ni Allemand, mais un peu de tout ça. Autant le Français, présumé et réputé vantard, sourcilleux, ne souffre pas qu'on raille son pays, autant le Belge adore cela, jusqu'à lui-même en rajouter. Quand, voici plus de six ans déjà, le spadassin Juan Asensio a estimé devoir m'éliminer d'une discussion de haute envolée entre lui et le dénommé Montalte (Pierre Cormary) sur le forum du brave et bénévole Joseph Vebret, dans laquelle je m'étais glissé à la manière d'une ironique petite souris, il crut pouvoir y parvenir en brandissant devant ma face — non pas un crucifix entrelacé d'ail et de buis bénit, mais un miroir où j'étais censé voir se refléter et danser grotesquement mon insignifiance de Belge. Un Belge, selon Asensio à cette époque, c'était un individu par définition ridicule, donc inapte à toute discussion un peu sérieuse, surtout littéraire. Je devais bien sûr répliquer avec toutes les armes du parfait humilié et renvoyer l'arrogant à son béret, son camembert, sa baguette, son accordéon, sa chistera — sauf que je n'en fis rien. J'opinai joyeusement, chantai qu'il ne m'apprenait rien là, que tout Belge un peu lucide se définissait lui-même comme un plouc à rayures et pantalon tire-bouchonnant, collerette à fleurs et chapeau claque, soit rien de très sérieux. Et j'appelai même à la barre, contre moi, Baudelaire qui témoigna que « le Belge ne marche pas, il dégringole. » C'est par l’autodérision que je me défendis donc, et le Basque en fut un rien décontenancé, prouvant ainsi qu'il connaissait bien mal les Belges et leur aptitude naturelle à se fiche eux-mêmes de leurs poires. L'autodérision est en effet l'une des rares caractéristiques que l'on puisse qualifier ici de nationales et que l'on peut voir à l’œuvre partout au plat pays, de Coxyde à Binche et de Kinrooi à Virton en passant par Bruxelles, Namur ou Gand. Nous n'avons pas besoin de Coluche pour faire rire à nos dépens. Une blague circule d'ailleurs depuis longtemps, comme quoi les blagues belges, qui font se bidonner « nos amis d'Outre-Quiévrain », ont été inventées par les Belges eux-mêmes et balancées par-delà la frontière pour divertir les singes français.

mardi 20 décembre 2011

Dear Anna...

 
Tant qu'à sonoriser le rafiot, pour patienter, et parce que je suis vraiment gentil, cette vidéo magnifiquement tournée d'une prestation époustouflante d'Anna Calvi au Workmans Club de Dublin.

Love won't be leaving... Rien n'est moins sûr, mais bon, l'espoir fait vivre.

Ce mélange de beauté plastique et de nettoyage acoustique à coups de guitare est bien troublant.

Anna, je t'aime.

PS - Les délicats du tympan feraient bien de s'abstenir. 



vendredi 16 décembre 2011

Ces gouffres insensés...

Yanka sous Kafka
Voici bientôt quinze jours, les Goux et moi nous trouvions attablés à La Ferronnière, restaurant haut de gamme sis à Bouillon, dans un décor aussi chic que chaleureux, un délectable chablis à portée de nos gosiers. Catherine me demande alors quels sont mes projets, si j'en ai. J'ai répondu que je n'en avais aucun, que j'éprouvais un bizarre sentiment d'exil dans mon propre pays, comme si je n'étais chez moi qu'en transit. Ce sentiment m'empêcherait donc de projeter quoi que ce soit, sachant que demain je ne serai sans doute plus ici, quand rien, pas même l'ombre d'un indice, aucune velléité, aucune volonté même enfouie, ne se manifeste en ce sens. Après ce que j'ai vécu, rien de plus normal, estime-t-elle gentiment : le temps seul peut guérir les blessures majeures. Je voudrais bien la croire. Je voudrais bien raisonnablement la croire et faire confiance au temps. Quand on vous rappelle que le soleil existe et qu'il ne faut pas désespérer des nuages actuels, généralement cela vous remet la tête à l'endroit et vous galvanise : votre vision de la réalité était moins obscurcie par les nuages réels que par votre pessimisme, c'est à ce dernier qu'il faut s'en prendre et non à la fatalité, à cette météo qui plombe votre moral.

Je pense assez bien me connaître pour soupçonner un mal bien plus profond que les caprices provisoires d'une météo intime plombée par les événements récents de mon existence. Je ne pèche jamais par excès d'optimisme, mais le fond de ma nature n'est pas un tel puits de ténèbres. Quand je fais allusion à la mélancolie qui m'affecte, ce n'est pas une parure esthétique, c'est une donnée de ma nature, avec laquelle j'ai appris à composer. Et pour couper court à toute interprétation pathologique, cet art facile où excellent les boutiquiers de l'esprit, j'affirmerai ma conviction profonde, avec Romano Guardini, que la mélancolie représente « un phénomène d'ordre non psychologique ou psychiatrique, mais spirituel. »