lundi 26 septembre 2011

Sous le soleil exactement (part I)

C'était hier... Une de ces magnifiques journées ensoleillées d'automne comme on rêve d'en revoir une dernière quand, par exemple, au fil macabre de février, menace la Faucheuse de vous givrer à jamais, de vous emporter loin, définitivement. La plus belle journée depuis mon retour d'exil, le 3 juillet. Y aura-t-il un automne, s'il n'y a pas eu d'été ?

Je peux être difficile, vite agacé, angoissé, nerveux. Un rien de ciel bleu, du soleil, et me voici ravi. C'est par de semblables journées que la beauté du monde irradie et que la vie se justifie, quand même serait-elle, comme la mienne, pénible à vivre parfois. Je renonce à comprendre comment je fonctionne. Est-ce psychologique ? Est-ce physiologique ? Est-ce, plus subtilement, à la fois esthétique et spirituel ? Relisant hier soir quelques belles pages de Denis Grozdanovitch consacrées à Tchékhov dans son Art difficile de ne presque rien faire, j'ai peut-être trouvé la réponse à mon complexe rapport au monde : « Ce n'est ni exclusivement en nous-mêmes ni dans une confiance aveugle en la sagesse supérieure d'un être transcendant qu'il nous faut chercher l'éventuel bonheur, mais plutôt dans une fusion panthéiste avec la nature, avec le cosmos ambiant auquel nous relient matériellement, organiquement, nos corps vivants. »

jeudi 15 septembre 2011

Toutes les mêmes !

Putain, la vache ! (Longlier, 2 août 2011)
On se demande parfois ce qu'on a fait au bon Dieu, quel crime il souhaite que nous expions. Ce blog existait depuis un seul billet quand, via Facebook, une femme se manifesta soudain et fit preuve à mon égard d'un vif intérêt. Elle se mit à « aimer » la moindre de mes réflexions et à commenter mes photos. Elle me confia son envie de discuter avec moi, sous le prétexte que « votre humour est plaisant et vous écrivez des mots qui me parlent ». À quoi, bon prince, je répondis : « Discuter ? Pourquoi pas ? Attrapez-moi par la barbichette un de ces soirs, ou utilisez la messagerie interne. Je réponds toujours... »

Il y a dès le départ un hiatus. Le jour où je décide, non de renoncer à mes facéties facebookiennes, mais de rétablir un certain équilibre entre le personnage public (hilare) et la personne privée (triste), me voici applaudi pour mes prestations clownesques. Imaginez un peu l'état d'esprit et les contradictions internes d'un Roberto Benigni recevant un soir de grande et insondable tristesse un quelconque Oscar, César ou Grand Prix du Jury à Cannes pour une comédie désopilante.

mercredi 14 septembre 2011

Welcome home ?

Muno, mon village, vu de ma fenêtre (14 sept. 2011)
Je reste étranger à mon environnement, comme en suspens. Ma vie d'hier, rompue soudain, cette nouvelle existence dont je ne sais trop quoi faire, ni comment l'organiser pour transformer ma défaite en victoire. Je discutais hier, à mon initiative, à l'arrêt de bus, avec une villageoise bien en peine (elle se rendait à Florenville chez un médecin). Ses soucis, pour être autant que les miens de vrais soucis, me laissaient froid. Je les trouvais médiocres. Ses enfants ont quitté la maison, une maison devenue trop grande pour elle et son mari qui ne roule plus comme au temps de sa jeunesse ; elle-même, le souffle court, un léger boitillement. Le village qu'elle trouve bruyant, l'agression dont elle prétend avoir été la victime récente (elle me désigne de la main le bas du village, vers l'école, comme un habitant de Tulle me désignerait un improbable Nord pour indiquer la source de ses malheurs), l'humidité d'un été à oublier, etc. Elle projette de vendre sa grande maison pour en acquérir une plus petite dans un autre village, plus tranquille. Je l'écoutais d'une oreille distraite. J'habite au centre du village, vers le haut, tout près de l'église, à la croisée de l'artère principale et d'une rue annexe. J'ai, de ma fenêtre, une assez belle vue sur le bas du village et les forêts environnantes, la France toute proche, et je suis bien placé pour apprécier le calme qui règne ici. Muno est à l'écart des grandes voies de communications. Pas de trafic digne de ce nom, en dehors des allées et venues d'habitants peu fébriles. Une fois par semaine, je ne sais d'où, me parviennent les échos des répétitions de la fanfare municipale (j'ai d'ailleurs souri en les entendant répéter La Marseillaise).

lundi 12 septembre 2011

Ma sensualité m'éloigne du tombeau

D'où vient parfois sinon la lumière, le réconfort d'une prière...
Un jour, il va se passer quelque chose, qui ne sera pas obligatoirement dans l'ordre du drame. Ce jour-là, le déclic va se produire et je serai libéré. Sans doute sera-ce un jour quelconque, ni plus ensoleillé, ni moins pluvieux qu'à l'ordinaire. Rien ne dit que j'aurai alors conscience de ce déclic. La pièce tombera plus tard. Je sentirai que je suis libéré, semblable au prisonnier qui ne prend conscience de sa liberté retrouvée que dehors et non au moment, pourtant solennel, où il franchit le seuil de sa geôle pour en sortir enfin.

Évoquer la mort, en rappeler l'existence, envisager de me soustraire à mon désarroi par le suicide, est une façon de tenir le monstre en respect. Je ne veux pas mourir, ni maintenant, ni plus tard. Que parfois, aux pires heures, je me sente acculé, et que la perspective de m'ôter moi-même une existence tournée à l'aigre apparaisse comme l'unique solution, le passage obligé entre la douleur et son absence (mais d'une conscience à l'inconscience), ne fait pas de moi un candidat potentiel au suicide. Si je décide jamais de sortir du terrain avant la fin du match, ce sera l'effet d'une décision raisonnable et froide, longuement mûrie, et non sous le coup d'une émotion, d'un coup de tête, d'une trop adolescente pulsion. Je me connais aussi : je crains le vide, je crains l'eau, je crains le sang, et la perspective m'est odieuse d'offrir à un innocent la vision soudaine de mon cadavre prématurément sorti des rails de l'existence. Je suis donc un peu coincé dans la vie, obligé de faire avec. 

samedi 10 septembre 2011

Deux assassins, mais innocents

Cinq ânes dans un pré (Buzenol, 6 juillet 2011)
Je vis une sorte de deuil, six mois après ma mort. J'ai beau faire, je ne sors pas de mon cauchemar. Il semble exploser plutôt, à retardement. La solitude sans doute, que je souhaitais et qui me met face à moi-même du lever au coucher. Je me sens comme une île dévastée par un typhon. 

Je réalise seulement à quel point je suis devenu étranger à mon propre pays, à quel point j'étais devenu Québécois, malgré moi. Et il m'arrive une chose impensable encore voici deux semaines : la nostalgie du pays où j'ai vécu six ans, la nostalgie de mon petit village acadien de la Gaspésie, où je n'ai vécu pourtant que dix mois, ses habitants si chaleureux. 

On me dira : « Ne reste pas comme ça, fais quelque chose. » Et je répondrai que je n'ai envie de rien faire, de rester là avec mon calice entre les mains et sa lie que je bois sans en assécher le fond. Si je dois mourir, ça se passera comme n'importe quelle mort, le monde continuera de gigoter — sans moi. Ce ne serait vraiment pas important, sauf que je ne désire pas mourir, ni maintenant, ni plus tard. Tant que je saurai ou imaginerai mon chat vivant là-bas, je demeurerai sur mes deux pattes arrière avec mon rêve absurde de le revoir un jour, de le rapatrier. Cette perspective m'empêche de couler.  

vendredi 9 septembre 2011

Astine-moi pas, toé !

Notre-Dame-des-Prairies (QC), 20 octobre 2005
Il y a toujours quelque part un énergumène prêt à vous rosser. Le mien s'appelle Marco Polo et exerce son demi-talent de bonimenteur-polémiste chez l'ami Goux. Que me reproche-t-il ? De préférer aux enfants les chats, de m'en vanter, d'afficher une mièvrerie de mauvais aloi, d'être immoral, enfin.

Je suis bien placé pour savoir que les malheurs ou petites misères d'autrui nous touchent en général fort peu, nous les hommes (on est des mecs, pas vrai ?). On a le droit de rire, pas celui de pleurer — du moins pas en public : c'est indécent. Je vois bien quel est son problème, à mon aventurier peu débonnaire : ce ne sont pas mes misères répandues, c'est sa pudeur bafouée par ma nudité soudain révélée.

Mon billet inaugural avait pour objet un cauchemar que j'ai fait, d'un réalisme dur, où j'apprenais que ma femme s'était débarrassée de nos quatre chats par le feu. Si, au lieu de chats, nous avions eu des chèvres, j'imagine que mon sournois assassin eût eu beau jeu de me reprocher ma mièvrerie caprine.

jeudi 8 septembre 2011

Sidération du clown

Ciel chargé de nuages au Plessis-Hébert, (21 juin 2011)
Il y a d'agaçant avec les apprentis psychiatres qu'ils savent toujours mieux que vous ce qui motive vos actes. Nulle part, sinon sur Facebook, je n'ai donné la raison de ce blog. Je ne vois pas la nécessité de justifier ma démarche. Que d'aucuns la jugent malsaine ne l'empêchera pas de m'être utile. Ce blog, c'est ma survie. Il est possible maintenant que ma survie puisse être considérée comme une chose malsaine.

L'interface du blog est prête depuis quinze jours au moins. Mon premier message a été publié le jour de sa rédaction. En me mettant au clavier, je ne savais pas ce que j'écrirais, mais je savais sur quoi. À cause de ce cauchemar que j'évoque et qui m'a obsédé de longues heures. Contrairement à mon ordinaire, en violation de ma coutumière pudeur, je me suis répandu. J'ai montré de moi la face sombre, alors que je suis plutôt connu dans ce monde virtuel comme un luron tout aussi joyeux que féroce parfois. Internet aime les masques. J'ai ôté le mien, je montre mes plaies, mes cicatrices, et quelques dames s'évanouissent dans la salle. Désolé, cher lecteur, mais je n'ai en magasin pour l'heure que des accessoires abîmés, des costumes élimés, des fripes pisseuses et passablement malodorantes. Je ne les exhibe pas en triomphe. Je n'ai plus que ça à me mettre. 

mercredi 7 septembre 2011

Ma part d'ombre, mes envies d'ombre

Je relativise volontiers mes malheurs. Quoi que j'aie pu vivre, ce n'est pas une tragédie au sens nippon, tellurique et tsunamique du terme. En vérité, j'ai tort. Mon relativisme sonne faux. Je vis cela comme un drame et j'en suffoque parfois, je voudrais disparaître, ne plus exister. C'est la manière dont nous ressentons ce qui nous arrive qui importe, bien plus que les faits. Certains grands naufragés de l'existence sont d'incurables optimistes. Ils ont tout connu, tout souffert, et cela n'est rien pour eux que des péripéties. D'autres, plus sensibles, sont jetés au sol au moindre vent. On est grossier en leur présence et ils en souffrent comme d'une offense, durablement. Perdent-ils un chat, un canari, un poisson rouge, ils sont veufs, orphelins, endeuillés pour un temps parfois long, et jamais ils ne guérissent tout à fait. À cinquante ans, ils en pèsent mille. Un peu plus tard, ils crèvent. On se fout d'eux : des minables ! Les minables sont ces gens gorgés de santé, incapables de jouir discrètement de leur santé florissante, arrogants au point de jeter au visage des déshérités leur haleine putridement fraîche. 

mardi 6 septembre 2011

Un rêve affreux

Au temps du bonheur...
J'ai fait la nuit dernière un rêve épouvantable. J'avais fait le choix, amour ou faiblesse, à sa demande peut-être, de reprendre la vie commune avec ma femme (ou ex-femme, je l'ignore). Je me rendais compte très vite de mon erreur. Il y avait entre nous bien davantage qu'un lourd contentieux, et si ma femme pouvait s'être excusée du mal qu'elle m'a fait, j'avais pu lui pardonner par bonté, en désaccord total avec mes tripes. Elle était assise à table, moi debout, et je ne la reconnaissais pas. Elle, si vivante, un peu trop parfois, fixait la table sans mot dire, anesthésiée, le regard éteint. Ce n'était pas son visage exactement, mais c'était elle. Je me sentis soudain, en la regardant, saisi de toute ma lucidité. Ce n'était plus la femme que j'avais aimée, mais son ombre. Elle était ainsi désormais et le serait toujours. Jamais plus elle ne retrouverait son éclat, parce que sa faute cruelle à mon égard l'avait marquée psychiquement. Mon pardon soulageait peut-être son cœur, mais sa conscience restait à jamais affectée par son crime. Rien ne serait jamais plus comme avant. Le pardon a sans doute des vertus, mais il laisse intacte la mémoire. Si je pardonnais à celui qui m'aurait tranché même involontairement la main, mon pardon pour être sincère ne ferait pas repousser ma main, et chaque fois que je voudrais me servir d'elle, je revivrais la scène de l'amputation, incapable d'oublier son horreur.